Le syndrome d’apnées, des effets sur vos performances ?

Contenu publié le : 29 juillet 2016

Il arrive souvent que les patients, une fois traité pour un syndrome d’apnée du sommeil (SAS), rapportent une amélioration de leurs performances au travail, aux mots croisés, aux jeux intellectuels… Les scientifiques, en France comme ailleurs, commencent à se pencher sur cette problématique afin de comprendre à quel point et par quels mécanismes un SAS peut détériorer les cognitions.  Un article récent d’une équipe de chercheurs toulousains * résume les connaissances actuelles.

Le SAS a-t-il un effet sur les performances ? Les résultats des études ne sont pas faciles à synthétiser ; non seulement elles étudient des différents éléments de performance (vitesse de traitement de l’information, processus attentionnels, fonctions exécutives, mémoire …) mais avec des mesures très diverses. Pire, les tests neuropsychologiques classiques mobilisent plusieurs fonctions cognitives et donc il est difficile de savoir quelle fonction est atteinte. De surcroit les patients étudiés dans les études ne sont pas homogènes, tant pour la sévérité du SAS, que pour les maladies associées et le niveau socio-professionnel (qui a un effet sur les résultats des tests). Comment faire la part des choses ? Il semble, au moins pour les patients avec un SAS sévère, que les processus attentionnels sont atteints avec un effet négatif sur les processus exécutifs. Quant à la mémoire, elle semble être aussi touchée par le SAS, surtout dans le domaine de la récupération des informations temporelles et spatiales,  avec une tendance pour les patients SAS à confondre différentes sources d’information ce qui provoques les distorsions de leur mémoire.

Quels mécanismes sous-tendent ces effets du SAS sur la performance ? Les études d’IRM fonctionnelle mettent en évidence des modifications anatomiques au sein du cerveau qui touchent les connexions entre le cortex frontal, temporal et pariétal et les régions limbiques. Une diminution du débit sanguin qui traduit une baisse de l’activité du cerveau est observée dans plusieurs régions cérébrales. Les modifications sont-elles dues au SAS ? Pour le moment nous manquons d’études sur une longue durée pour l’affirmer avec certitude.  Il existe cependant des mécanismes compensatoires comme semble le montrer l’activation du cerveau chez les patients atteints d’un SAS devant une tache de mémoire de travail.

Parmi les différentes conséquences connues des apnées (l’hypoxie, l’activation du système sympathique, la fragmentation du sommeil et les comorbidités) on a recherché si certaines étaient plus impliquées que d’autres dans la dégradation des performances.  Les auteurs des études soulignent l’importance de l’hypoxie : plus les apnées induisent un manque d’oxygène, plus il y a un trouble des performances. Les études chez l’animal démontrent que l’hypoxie à répétition génère des processus inflammatoires qui se soldent, non seulement par une destruction des neurones au niveau du cortex préfrontal et de l’hippocampe, structures très impliquées dans la performance et la mémoire, mais aussi par des lésions des petits vaisseaux cérébraux.  Une fois ces petits vaisseaux touchés, la circulation sanguine se fait moins bien ce qui aggrave l’hypoxie.

Le sommeil joue un rôle important dans la mémorisation et donc il n’est pas surprenant que la fragmentation du sommeil entraine des effets sur la mémoire : les expériences de fragmentions du sommeil chez le souris et chez les personnes en bonne santé retrouve des troubles de mémoire semblables à ceux des patients atteints d’un SAS. Mais la fragmentation du sommeil, et surtout la privation du sommeil, augmentent aussi les facteurs inflammatoires et peuvent donc également contribuer aux effets de l’hypoxie.

Traiter le SAS améliore-t-il la performance ? Les études ne sont pas claires : certains affirment que oui, d’autres non et la différence est probablement due à une grande variabilité entre les patients (sévérité de SAS, présence d’autres maladies) et l’utilisation plus ou moins bonne de l’appareil de PPC. Plus le traitement est utilisé, plus il semble efficace sur la performance. Cette amélioration est associée à une normalisation des structures cérébrales et de l’activité corticale modifiées dans le SAS qui est lente et progressive avec une amélioration nette au-delà  de un an.

Donc si vous êtes atteints d’un SAS et que vous pensez avoir des soucis de performances liées à ce SAS, vous avez probablement raison. L’utilisation de votre appareil de PPC vous aidera à corriger les anomalies et, avec un peu de patience, vous devriez récupérer des performances correctes pour votre âge.

*A. Daurat & al. Syndrome d’apnées obstructives du sommeil et cognition : une revue. Neurophysiologie Clinique (2016), 46, 201-215

Dr Sarah Hartley

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