Le baclofène pourrait être à l’origine de syndrome d’apnée centrale ?

Contenu publié le : 2 juin 2016 et modifié le: 3 juin 2016

Le baclofène, médicament à la base prescrit comme décontractant musculaire pour les maladies neurologiques d’origine spatique (comme la sclérose en plaque), mais plus connu depuis une dizaine d’années pour son rôle dans l’aide au maintien du sevrage de l’alcool, fait encore parler de lui !
Cette fois, il pourrait être incriminé dans la survenue d’apnée du sommeil d’origine centrale.

Contrairement au syndrome d’apnée du sommeil obstructif, qui comme son nom l’indique est dû à une obstruction totale ou partielle des voies aériennes supérieures, le syndrome d’apnée du sommeil centrale est dû à une anomalie au niveau cérébral de la commande respiratoire.

Rappelons que le baclofène bénéficie depuis 2014 d’une RTU (Recommandation Temporaire d’Utilisation donnée par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament, l’ANSM) pour l’aide à la réduction de la consommation d’alcool et pour le maintien de l’abstinence après un sevrage à l’alcool. Cela en diminuant ce que l’on appelle le craving, c’est à dire l’envie de consommer.
Les prescriptions de baclofène étant en constante augmentation ces dernières années, il apparaît de nouveaux effets secondaires jusqu’alors méconnus.

Une étude française vient de publier une étude portant sur 4 patients sous baclofène (à des posologies variables, allant de 40mg à 190mg), qui ont développé un syndrome d’apnée du sommeil d’origine centrale. Ces patients n’avaient pas d’antécédents connus ni de facteurs de risque en lien avec le fait de développer un syndrome d’apnée du sommeil d’origine centrale (prise d’opiacés, maladie cardiaque ou neurologique…). Les enregistrements du sommeil de ces patients (polysomnographies) ont mis en évidence des apnées du sommeil sévères, allant jusqu’à un index d’apnée-hypopnée de 100 par heure à l’origine de micro-éveils et de désaturation du taux d’oxygène.

D’autres études vont être nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes en jeu mais une première hypothèse se détache pour expliquer cet effet secondaire : cela viendrait de l’action principale du baclofène sur les récepteurs GABA. Celui ci entraîne un effet inhibiteur sur le système nerveux central, ce qui pourrait être à l’origine de la diminution de l’action cérébrale sur la commande ventilatoire centrale et donc sur le fait de faire des apnées.

Il ne s’agit pour le moment pas d’arrêter le traitement par baclofène chez les personnes à qui ce traitement permet de contrôler la consommation d’alcool. Mais il faut augmenter la vigilance auprès des patients sous baclofène qui développent des symptômes évocateurs d’apnées du sommeil : ronflements, troubles de la concentration, somnolence diurne excessive…
En cas de doute il paraît opportun de réaliser un enregistrement du sommeil, seule manière de mettre en évidence un syndrome d’apnée du sommeil.
Un traitement par ventilation assistée la nuit pourra être proposé comme traitement symptomatique de l’apnée.

Dr Céline Martinot

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